Les décrets Benes et les expulsions




réfugies allemands
Vertreibung , L'expulsion, 1945, Sudetendeutsche Stiftung





Les décrets Benes font depuis les années 50 l'objet de débats importants et sont véritablement au cour de la « question sudète ». Ce sont en effet ces « fameux » décrets qui ont, entre autres, entériné l' « expulsion » de près de trois millions d'allemands du territoire tchécoslovaque. Le terme même d' « expulsion » est sujet à controverse. Les historiens et hommes politiques parlent, selon le cas, d' « expulsion », de « déplacement », de « relégation », de « transfert » ou encore d' « expatriation ». L'utilisation d'un terme plutôt qu'un autre peut parfois servir des fins politiques ou nationalistes. Nous utiliserons ici ces différents termes sans aucune connotation politique ou culturelle.

Il est également important de préciser que les chiffres concernant les expulsions et les victimes qu'elles ont faites font aussi l'objet d'une instrumentalisation politique. De nombreuses zones d'ombre entourent encore la période de l'après-guerre et il est aujourd'hui encore difficile d'analyser les faits avec précision. La légalité des « décrets Benes » est de fait encore discuté entre l'Allemagne et la République tchèque et plus largement au niveau européen, preuve que le passé n'est pas encore de l'histoire ancienne.


Cadre et conditions des expulsions

Le président Benes, démissionnaire de ses fonctions le 5 octobre 1938 suite aux accords de Munich, crée en octobre 1939 un Comité national tchèque. Entre 1940 et 1945, il promulgue, en tant que chef du gouvernement tchécoslovaque en exil puis en tant que chef du gouvernement provisoire d'après-guerre, une série de décrets visant à préparer les conditions de l'après-guerre. Les derniers décrets, datant de 1945, entérinent la confiscation des biens et l'expulsion des ressortissants des minorités allemande et hongroise. Au niveau international, ce sont les accords de Postdam en août 1945 qui établissent les conditions du transfert de la population germanophone vers les zones occupées d'Autriche et d'Allemagne. Le 2 août 1945, la citoyenneté tchécoslovaque est retirée aux populations allemandes et hongroises. Les décrets Benes proclament, entre autres, que les Allemands sont des « citoyens au sentiment national peu fiables ». Les populations germanophones devaient par ailleurs, à partir de 1945 et pendant toute la période des expulsions, portées un brassard blanc avec l'indication de leur origine : un « n » majuscule première lettre du mot « Nemec », signifiant allemand en tchèque. D'autres mesures restrictives furent prises dans le but d'affecter la vie quotidienne des allemands de Tchécoslovaquie.

expulsions

25 janvier 1946, dernière étape du transfert des Allemands des Sudètes, Radio Prague

Finalement, près de 2,5 millions d'allemands seront déplacés vers l'Allemagne et l'Autriche. Un demi-million de personnes avaient déjà fui la Tchécoslovaquie avant la fin du conflit. Seules deux cent milles personnes furent autorisées à rester et conservèrent la citoyenneté tchécoslovaque. Il s'agissait, pour la plupart, d'opposants au régime et de spécialistes que le gouvernement souhaitait utiliser pour la reconstruction du nouvel Etat.


Des « expulsions sauvages »

Si les accords de Postdam précisaient que les transferts devaient se faire de manière ordonnée et dans le respect des individus, la réalité des faits fût bien différente. Après cinq années de guerre et d'horreurs, les rancours et les haines antiallemandes ont atteint leur paroxysme et ont conduit les Tchèques à commettre de nombreuses exactions. Il est aujourd'hui encore difficile d'évaluer le nombre de victimes lié aux expulsions ou aux transferts de population qui se poursuivirent jusqu'en 1947. Ces chiffres font en effet encore l'objet d'une instrumentalisation politique. La commission germano-tchèque d'historiens créée en 1990 situe toutefois le nombre de victimes entre 20 000 et 40 000 personnes. Nous savons désormais que des tortures et des exécutions sommaires ont accompagné les expulsions des populations germanophones. Les interprétations divergentes de ce passé trouble rendent cependant difficile toute analyse précise des faits.

Cet épisode sombre des relations germano-tchèques a aujourd'hui encore des conséquences au niveau politique et juridique. Si la « question sudète » a été relativement passée sous silence durant toute la période communiste, l'ouverture des frontières en 1989 et la reprise des échanges entre Allemagne et Tchécoslovaquie (République tchèque depuis 1993) a remis la problématique des expulsions sur le devant de la scène.

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