Les « Sudètes» en question :
les relations germano-tchèques de 1918 à nos jours





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La « question sudète » revient de manière régulière sur la scène médiatique germano-tchèque. Plus de soixante ans après l'expulsion des populations germanophones des territoires de l'ancienne Tchécoslovaquie, les contentieux du passé ne semblent toujours pas être réglés. Depuis la chute du mur de Berlin et le changement de configuration politique qu'elle a entraîné, les relations entre la République tchèque et l'Allemagne ont pourtant connu un développement rapide et important. Les deux pays voisins entretiennent aujourd'hui des liens économiques, politiques et culturels conséquents.

Les divers incidents diplomatiques de ces dernières années indiquent cependant que les rapports germano-tchèques sont plus compliqués qu'il n'y paraît. L'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne a notamment fait surgir de nombreux débats et polémiques autour des fameux « décrets Benes ». Au coeur des conflits, la « question sudète » fait l'objet d'une instrumentalisation politique des deux côtés de la frontière. L'histoire mouvementée de la zone est sujette à des interprétations divergentes et sert ainsi le discours populiste de certains responsables politiques tchèques ou allemands. Dans sa thèse consacrée à l'invention de la « germanité sudète », l'historien Christian Jacques montre de fait qu' aux visions du passé marquées par une « diabolisation » de l'ensemble de la population germanophone répondent bien souvent celles tendant à une « victimisation générale » taisant les responsabilités ou les évolutions ayant mené à la catastrophe finale. 1 Cette confrontation met en jeu des mémoires concurrentes et pose plus largement le problème de la construction des identités sudètes et tchèques.

La signature d'une « Déclaration de réconciliation » entre les deux pays en 1997 avait grandement contribué à clarifier la situation. L'incapacité ou le refus de certains acteurs à engager une discussion sur un passé encore conflictuel a cependant laissé nombre de questions en suspens. Faut-il abroger les décrets Benes ? Les « expulsés » doivent-ils être dédommagés par la République tchèque ? Ses querelles d'ordre juridique font par ailleurs appel à des débats identitaires plus profonds. L' « identité tchèque » s'est semble-t-il construite depuis le XIXe siècle en opposition à « l'identité allemande ». Les tchèques doivent aujourd'hui reformuler cette question identitaire en des termes nouveaux et repenser ainsi leur relation à l' « autre ». La société allemande doit, quant à elle, parvenir à trouver une place à cette « autre mémoire » allemande de la Seconde Guerre mondiale, celles des Vertriebene (expulsés). Si Allemagne et République tchèque entretiennent aujourd'hui des relations de « bon voisinage », la « question sudète » n'a, elle, pas encore fini de faire couler de l'encre...

1 Christian Jacques, De l'invention de la « germanité sudète » , « La revue Wikito (1928-1931) », thèse de doctorat, Université Marc Bloch, Strasbourg II, 2004, p.9.

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