Le cadran de l'horloge de l'hôtel de ville juif et ses chiffres en hébreu


Tout comme Jérusalem, la ville de Prague joue un rôle important dans la tradition juive, elle est le berceau de la culture juive en Europe de l'est. Déjà à l'époque de la création de la ville, l'épouse du prince Premysl, fondateur de la dynastie des Premyslides, la princesse et prophétesse Libuse, qui indiqua notamment l'emplacement de la future capitale, avait prédit l'arrivée d'un peuple étranger en Bohème. Celle-ci devait se produire sous le règne de son petit-fils, et un accueil chaleureux devait être réservé à ce peuple à venir, et apporterait le bonheur au pays. C'est ainsi que les juifs furent bien reçus lors de leur arrivée à Prague, comme le peuple évoqué par la prophétie de Libuse...

 

Mais leur histoire ne fut pas toujours aussi heureuse, et la communauté juive de Prague traversa au long des siècles des épreuves nombreuses et toujours plus difficiles, du cantonnement dans le ghetto au génocide de la seconde guerre mondiale en passant par les explosions d'antisémitisme épisodiques, et les interdictions en tout genre. Cependant la communauté juive a su rester vivante, et conserver les traditions propres à sa religion de même que les rituels domestiques, et sa culture s'est enrichie de la mixité de Prague, ville partagée entre Allemands et Tchèques. Dans le ghetto déjà, les langues sont mêlées, et le cours de l'histoire conduit les juifs, qui parlaient majoritairement l'allemand, à adopter le tchèque pour témoigner de leur attachement à cette culture lors de la montée du nationalisme en particulier.


Aujourd'hui, ce ne sont plus ces trois nationalités qui se partagent la ville: les Allemands ont été chassés des zones qu'ils occupaient dans les « Ostgebiete » après la seconde guerre mondiale, et les juifs eté exterminés pour une part importante lors du génocide nazi. Prague est devenue une sorte de ville-musée, qui témoigne du rôle de la communauté juive dans son histoire et dans celle du pays, ainsi que de son sort tragique, la capitale ne comptant aujourd'hui plus que 6000 juifs environ. La Prague actuelle est toujours mélangée, mais elle attire plutôt à présent des populations venues de Slovaquie, d'Ukraine, d'ex-Yougoslavie et du Vietnam, souvent dans le cadre d'accords datant de l'ère communiste. D'autre part, elle connait aussi le sort de nombreuses capitales européennes (puisque depuis 2004 la République Tchèque est officiellement entrée dans l'Europe), avec une désaffection du centre ville: les deux quartiers historiques de la Vieille Ville et de Mala Strana ne regroupent plus que 2% de la population totale de la ville (1,1 million d'habitants). Néanmoins, c'est aussi cette ouverture à l'Europe et à l'Ouest qui a permis la « muséification » de la ville, et avec elle la sauvegarde de la mémoire juive, avec l'afflux des touristes des pays européens.