Histoire, identité et mémoire:

Le bombardement de Dresde:

13 et 14 février 1945

Les ruines de la Frauenkirche. www.top-berlin.net   La Frauenkirche reconstruite, avril 2010. Maguelone Loublier

 

 

 

 

Les trois attaques aériennes

La reconstruction du centre historique de Dresde: un enjeu d'identité

Une mémoire divisée et controversée

Pour approfondir

 

 

Ce site a été réalisé par Maguelone Loublier, dans le cadre du séminaire d'Etudes centre- européennes, Mémoires et Identités en Europe centrale, dirigé par Delphine Bechtel et Luba Jurgenson, Paris IV La Sorbonne 2009-2010.

Contact: maguelone.loublier@ens.fr

 

 

Une société ne peut, sans mémoire, penser et vivre son identité. Mais comment passer de la mémoire qui peut être empêchée, manipulée et obligée[1], à l’histoire, mémoire sélective et construite ? Comment les Allemands peuvent-ils se confronter au mal politique de la seconde guerre mondiale, alors que, comme le souligne à juste titre Hans-Ulrich Wehler, « les peuples n’assument que très difficilement les crimes qui ont été commis en leur nom et par eux-mêmes »[2]? A cette première difficulté à assumer le passé, s’ajoute la séparation de l’Allemagne : en RFA et en RDA, la problématique de la mémoire du passé n’est pas la même. Dans un premier temps, en RFA, fut privilégiée la tentative de l’oubli, du refoulement, puis « l’alliance informelle entre l’histoire du temps présent et les médias se révéla extraordinairement efficace lorsqu’elle entreprit de briser le silence, de lutter contre la volonté d’oublier et le refoulement du passé »[3], processus qui fut relancé par les procès et les multiples commémorations. Les Allemands de l’Est, en revanche, ne furent jamais invités à se confronter à la Shoah car la théorie selon laquelle seul le capitalisme était coupable du nazisme prédominait. Hans-Ulrich Wehler analyse ensuite le passage de la problématique de la culpabilité à la question des victimes allemandes de la seconde guerre et de la mémoire des traumatismes chez les civils allemands.


Le bombardement de la ville de Dresde les 13 et 14 février 1945 reflète bien la problématique des victimes allemandes et reste encore aujourd’hui un évènement très controversé, tant du point de vue des faits que de celui de sa mémoire et de son interprétation. Dans l’immédiat après-guerre, les détails du bombardement n’étaient que secondaires ; les survivants avaient d’autres soucis : la nécessité et la volonté de survivre au milieu des décombres occupaient une place plus importante que la question du déroulement du bombardement[4]. Ce n’est que progressivement que l’évènement prit une place importante dans la mémoire collective, aussi bien des survivants au bombardement, que de l’ensemble du peuple allemand : les bombardements de Dresde jouent un rôle clé dans la représentation que se font les Allemands de la seconde guerre mondiale et la mémoire qu’ils en gardent.


S’interroger sur le bombardement de Dresde nous conduit à poser le problème d’identité chez les habitants de Dresde et de la mémoire des évènements à travers la reconstruction de la ville, de 1945 à nos jours. La reconstruction du centre-ville historique, autour de la Frauenkirche et du Neumarkt, renvoie à une « double référence historique, celle de la mémoire longue de Dresde (…) et celle de [sa] double destruction »[5], c’est-à-dire de sa première destruction par les bombes anglo-américaines, suivie de ce que l’opinion commune appelle sa deuxième destruction par l’architecture soviétique au temps de la RDA. Le 13 février 2005, la commémoration du 60ème anniversaire des évènements a ranimé de violentes confrontations et relancé le débat au sujet de l’identité de la ville : comment comprendre que, aujourd’hui encore, les évènements de février 1945 constituent un problème collectif ?

 

 


[1] Paul Ricoeur : La mémoire, l’histoire, l’oubli, Editions du Seuil, Paris, 2000, p. 82-111
[2]Hans-Ulrich Wehler, Jeanne Guérout, "Du peuple bourreau au culte de la victimisation ? L’histoire allemande et la rhétorique de la victimisation", Politique étrangère 2007/4, Hiver, p. 829.
[3]Ibid., p. 831
[4]Avant-propos de Götz Bergander in Helmut Schnatz, Tiefflieger über Dresden? Legenden und Wirklichkeit, Böhlau Verlag, Cologne, 2000.
[5]Chloé Voisin, "Le centre, la mémoire, l’identité. Des usages de l’histoire dans la (re)-construction du Nouveau marché de Dresde", Espaces et sociétés 2007/3, 130, p. 92.