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Une ville, deux états, quarante années de séparation,

et combien de mémoires ?

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Les dates clés
de la RDA

 

12 septembre 1944 :
partition quadripartite de Berlin

Avril 1947 :
conférence de Moscou

octobre 1949 :
création de la RDA, avec Berlin-Est comme capitale

1950 :
adhésion de la RDA au COMECON

1955 :
adhésion de la RDA au Pacte de Varsovie

12-13 août 1961 :
début de la construction du Mur de Berlin

9 novembre 1989 :
chute du Mur de Berlin

3 octobre 1990 :
officialisation du traité de réunification

Rappel historique

Berlin est divisée en quatre zones dès le 12 septembre 1944 par le protocole de Londres. A partir de 1946, la ville constitue un enjeu politique entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique, qui, en pleine Guerre Froide, se la disputent. La conférence de Moscou en 1947 et le Blocus de Berlin mènent à la fin de l’administration quadripartite et à la création de la RFA en mai 1949 avec Bonn pour capitale et de la RDA dont Berlin-Est est la capitale en octobre 1949. En RFA, Adenauer impulse un mouvement d’ouverture des relations internationales, notamment avec sa participation à la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en 1950, son adhésion à l’OTAN en mai 1955, et sa signature du Traité de Rome en mars 1957. La RDA, quant à elle, se coupe du monde occidental en devant refuser le plan Marshall, puis en devenant membre du COMECON en 1950 et du Pacte de Varsovie en 1955. Elle réprime en outre les révoltes ouvrières à Berlin-Est en 1953 avec dureté.

En décembre 1959, l’ambassadeur soviétique en RDA déclare que « la présence à Berlin d’une frontière ouverte et, pour aller droit au but, incontrôlée entre les mondes capitaliste et socialiste pousse sans le vouloir la population à faire une comparaison entre les deux parties de la ville qui, malheureusement, ne tourne pas toujours à l’avantage de la Berlin démocratique ». En effet, entre 1949 et 1961, 2,7 millions de personnes ont fui la RDA pour la RFA, notamment par Berlin. Les autorités de la RDA font construire, la nuit du 12 au 14 août 1961, un mur peu à peu rehaussé de barbelés et agrémenté de tours de sentinelles visant à stopper le phénomène d’émigration massive. Appelé « mur de la Honte » par les Occidentaux, il a été également considéré, selon des historiens comme Tony Judt, comme un pis-aller à une guerre menaçante. Kennedy, en juin 1963, en déclarant « ich bin ein Berliner » [vers le site berlin.de], s’engage à ne pas abandonner la zone de Berlin-Ouest aux Soviétiques. 

RDA

(cliquer sur une image pour l'agrandir)

Berlin

 

En 1989, alors que Gorbatchev mène sa politique de « Perestroïka », de nombreux Allemands de l'Est parviennent à quitter la RDA par l'Autriche, la Hongrie ou la République Socialiste Tchèque. Le quarantième anniversaire de la fondation de la RDA, le 7 octobre, est l’occasion pour les Berlinois de l’Est de manifester pour réclamer plus de libertés. Le 18 octobre, Erich Honecker démissionne de toutes ses fonctions, et est succédé d'Egon Krenz. De nombreuses manifestations de contestation contre le régime ont lieu dans toute la RDA, notamment le 4 novembre sur l’Alexanderplatz à Berlin-Est. Le 6 novembre 1989, un projet de loi visant à limiter la fuite des Allemands de l'Est vers l'Ouest est présenté. Cet événement provoque un tel mécontentement dans la population que le gouvernement doit rectifier le texte, et y fait apparaître une autorisation de sortie provisoire de la RDA. Le secrétaire du Comité Central Günter Schabowski le présente à la population en début de soirée. Le journal de vingt heures de la chaîne ARD commence en annonçant « la RDA ouvre ses frontières ». Les Berlinois de l'Est se dirigent alors en masse vers les postes-frontière, afin d'obtenir le visa leur permettant une sortie immédiate [vers le site berlin.de]. Le 9 novembre 1989, à peine dix mois après qu’ Erich Honecker ait déclaré que le Mur « subsistera aussi longtemps que n’auront pas été modifiées les circonstances qui ont conduit à son édification », cette frontière tombe. La Porte de Brandebourg est ouverte le 22 décembre 1989, et le Mur est détruit entre juin et novembre 1990. C'est donc sous la pression de la population que le Mur, puis le gouvernement, ont cédé.

Les premières élections libres de RDA ont lieu le 18 mars 1990. Le 12 septembre 1990, le Traité 2+4 signé à Moscou rend possible la réunification de l’Allemagne et de Berlin, qui devient effective le 3 octobre 1990. Berlin obtient ainsi le statut de Land, et le titre de capitale, impliquant des remaniements urbanistiques et administratifs. La Constitution de Berlin de 1995 est fondée sur des principes démocratiques. De nombreux codes culturels sont modifiés de façon brutale, et les institutions dédoublées fusionnent. Le centre historique de Berlin ayant appartenu au secteur Est durant la séparation, la partie orientale avait en effet été obligée de reconstruire ses propres centres culturels, économiques, politiques. Lors de la réunification, la cohérence de la ville a donc dû être rétablie, et la zone de l'ancien Mur réanimée. L’afflux d’investisseurs allemands et étrangers suivant la réunification a permis cette reconstruction, mais selon des principes qui font parfois débat.

 

La mémoire de la ville de Berlin nouvellement réunifiée est-elle sélective ?

Lors de sa division, Berlin était en partie la vitrine du communisme et en partie celle du capitalisme. On pourrait se demander si la réunification de l'Allemagne et de la ville de Berlin a engendré la préservation de tous les lieux et valeurs créés par le régime socialiste, ou si ceux-ci ont été englobés par l'Ouest, en particulier après la chute de l'URSS fin 1991. Ce sont donc les problèmes liés à la gestion de l'espace urbain en conséquence d'un changement de régime que nous nous proposons d'étudier. La mémoire de cette ville a-t-elle été imposée par les plans urbanistiques du nouveau régime à ses habitants, qui doivent refouler leurs souvenirs pour s’adapter à la nouvelle politique et les garder secrètement, ou bien est-elle une mémoire active qui sélectionne ce qui la fait avancer et met de côté ce qui risque de la mettre en péril ? Ses bâtiments et symboles appartiennent-ils à l’Histoire, ou à des mémoires collectives, voire individuelles ?

A la façon de l'historien allemand Karl Schlögel, on considérera l'architecture et le tissu urbain de Berlin-Est comme un livre dans lequel on peut lire le passé. On étudiera donc les traces et les destructions des bâtiments construits par le pouvoir socialiste, qu’ils soient lieux du pouvoir, de l’économie, de la science, de la culture ou de la vie quotidienne. On opérera le même travail en ce qui concerne les symboles du pouvoir socialiste, dont les noms de rues, les statues et les plaques commémoratives. Le troisième objet d’étude portera sur les débats autour de la lecture qui est faite aujourd’hui de ces signes par les conservateurs de musées berlinois et les responsables politiques de la ville, mais aussi par l’opinion publique.


Dans une première partie, on se penchera sur la ville en tant que lieu de la rupture, en observant les destructions opérées par le pouvoir depuis la Wende, et en se demandant s’il s’agit de mettre entre parenthèses le passé socialiste de Berlin, de tenter de réparer les erreurs qui ont été commises pendant cette période, ou de redonner à la ville une certaine cohérence. Dans une seconde partie, on analysera la ville en tant que lieu de la continuité historique, en s’interrogeant sur la nature des réinvestissements des constructions socialistes par le nouveau pouvoir et sur la cohabitation entre leurs différents symboles. Enfin, on approfondira, dans une troisième partie, les débats autour de l’écriture physique et immatérielle de cette page de l’histoire au cœur de la ville. On se penchera donc d'abord sur l’ « aura » socialiste de Berlin, puis sur ses « traces », la première étant définie par Walter Benjamin dans Gesammelte Schriften comme « l’apparition d’un lointain » par essence inaccessible, et la seconde comme étant à proximité immédiate.

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