Histoire du Berlin juif - chronologie

 

•L’histoire des Juifs en Allemagne et des Juifs ashkénazes en général est marquée par une alternance entre des périodes de tolérance, de cohabitation plus ou moins harmonieuse avec les chrétiens, voire de prospérité relative, et des périodes d’oppression, de persécution et d’expulsion.

En 1933, l’Allemagne compte 502 773 Juifs (soit 0,76% de la population) et constitue la troisième communauté juive d’Europe après la Pologne et la Russie. Le poids économique et culturel des Juifs dans la société allemande est alors largement établi, tant ses représentants les plus éminents participent à la vie du pays : parmi ceux-ci figurent de grands banquiers, des industriels, des scientifiques ou encore des artistes. Le mouvement d’émancipation qui a lieu en Allemagne au XIXème siècle, même s’il reste controversé, apporte aux Juifs les droits civiques et la possibilité de s’intégrer et de s’assimiler à la société allemande. Entre 1870 et 1914, l’Allemagne sert de refuge à nombre de Juifs chassés de Russie, de Pologne ou d’Ukraine, fuyant la misère et les pogroms encouragés par le régime tsariste.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 et la mise en œuvre de la doctrine nazie a lieu une rupture.

La national-socialisme, en organisant en Allemagne et dans tous les territoires conquis, une politique d’abolition des droits civiques et économiques, d’expulsions, puis d’extermination systématique des Juifs, marque la fin du monde juif allemand.

De nos jours, la communauté juive allemande dénombre quelque 100 000 membres. Constituée d’abord de Juifs réfugiés des camps et ne sachant pas où aller et d’exilés revenus en Allemagne par nostalgie, elle a vu le nombre de ses effectifs augmenter à partir de 1989 avec l’arrivée de ressortissants des anciens pays communistes.

Entre la fin du XIXème siècle et l’époque actuelle, il existe un « avant » et un « après ». Entre les deux, il y a la Shoah, le génocide du peuple juif. Aujourd’hui, la communauté juive allemande peine à renaître de ces cendres. Si l’Allemagne est le seul pays d’Europe où le nombre de Juifs continue d’augmenter, les fantômes du passé restent présents. A Berlin, les institutions juives sont systématiquement placées sous surveillance policière. La mémoire de l’époque national-socialiste reste vive et les mentalités évoluent doucement. L’idée d’une identité juive-allemande reste problématique.


Synagogue Rykestr. 53 (Prenzlauer Berg)

Synagogue de la Rykestraße à Prenzlauer Berg, surveillée par deux policiers


La communauté juive de Berlin forme à cet égard l’une des plus importantes et des plus actives d’Allemagne. Comme ailleurs en Allemagne, son histoire est mouvementée, marquée tour à tour par des périodes d’oppression puis de tolérance. La vie et la culture juives constituent une part importante de l’histoire de Berlin qu’on ne peut envisager de retracer sans prendre en compte cette dimension. Quiconque visite la ville, suit également les traces d’une histoire juive plusieurs fois centenaire.


•L’établissement des premiers juifs à Berlin est attesté dès 1295 par des documents historiques.

Les Juifs sont soumis à toutes sortes de restrictions comme celle d’appartenir à une corporation d’artisans. Mais à la différence des chrétiens, ils sont autorisés à pratiquer le prêt.

Au Moyen Age, les Juifs servent de bouc émissaire et, accusés de tous les maux économiques et sociaux, subissent nombre de persécutions.

De 1347 à 1349, la peste frappe la ville. Les Juifs, accusés d’avoir empoisonnés les puits, sont tenus pour responsable de ce malheur et persécutés lors du premier grand pogrom. Nombre de Juifs expulsés émigrent alors en Pologne où le roi Casimir III leur accorde en 1364 le droit de commercer et de s’installer dans le pays.

En 1510, trente-neuf Juifs sont torturés et brûlés en public, accusés à tort d’avoir volé une hostie. La bourgeoisie utilise en effet cette occasion pour éliminer la concurrence que représentent les Juifs sur le plan économique.

A partir de 1671, la situation évolue : motivé par un intérêt financier, Frédéric-Guillaume 1er autorise cinquante familles aisées expulsées de Vienne à s’installer à Berlin puis étend cette offre à tous les Juifs. C’est de l’année 1671 que date la création officielle de la première communauté juive de Berlin. Les Juifs sont libres de pratiquer leur religion et le plus ancien cimetière juif de Berlin, l’Alter Jüdischer Friedhof (situé aujourd’hui dans la Große Hamburger Straße) voit le jour en 1672.

En 1714 est inaugurée la première synagogue de Berlin, située dans la Heidereutergasse.

L’émergence de l’Aufklärung contribue bientôt à la sécularisation des communautés juives.

Le philosophe Moses Mendelssohn (1729-1786), alors âgé de 14 ans, arrive à Berlin en 1743. Ses idées progressistes et son militantisme éclairé ouvrent la voie à une élévation spirituelle de la communauté juive qui commence à revendiquer ses droits à la citoyenneté. L’initiateur de la Haskalah traduit la Torah en allemand et incite les Juifs à utiliser cette langue dans leurs échanges intellectuels.

L’édit d’émancipation de 1812 confère aux Juifs la pleine citoyenneté prussienne et leur accorde l’égalité des droits et des devoirs. A la fin du XIXème siècle, les Juifs représentent 5% de la population de Berlin et une grande partie d’entre eux sont pleinement intégrés dans la société allemande tant par la langue que par l’identité.

C’est à cette époque que viennent s’installer dans le quartier aujourd’hui aisé de Scheunenviertel, des immigrants juifs hassidim, fuyant les pogroms perpétrés en Europe orientale. C’est alors un quartier pauvre frappé par la misère.

En 1866 est inaugurée, en présence d’Otto von Bismarck, la plus grande synagogue d’Allemagne, la Neue Synagoge.

En 1875, la communauté juive de Berlin recense environ 65 000 membres. En 1893 est créée l’« association centrale des citoyens allemands de confession juive » (« Central-Verein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens ») pour lutter contre l’antisémitisme grandissant et promouvoir l’assimilation de Juifs au sein de la société allemande. En 1905, le bureau central de l’ « union sioniste pour l’Allemagne » (« Zionistische Vereinigung für Deutschland ») vient s’installer à Berlin. Ce mouvement sioniste se développe en réaction à l’antisémitisme croissant en Europe et réclame la création d’un Etat juif.

Entre 1914 et 1918, près de 12 000 soldats juifs allemands tombent au front lors de la Première Guerre Mondiale.

En 1932, il existe au total 94 synagogues et salles de prières à Berlin. En 1933, la communauté juive berlinoise compte 160 000 membres, soit un tiers de l’ensemble des Juifs de nationalité allemande.

Les 9 et 10 novembre 1938 a lieu la « Nuit de cristal » (« Reichskristallnacht ») : à l’instigation de la Gestapo, des bandes armées saccagent les synagogues, les institutions et les boutiques juives.

Si la plupart parvient à se cacher aux autorités ou à fuir le régime nazi en s’exilant, 55 000 Juifs berlinois sont déportés jusqu’à la fin de la guerre.

En 1945, environ 6 500 Juifs ont survécu à Berlin, 2 000 autres reviennent également des camps de concentration.

En février 1946, la communauté juive de Berlin est reconnue à nouveau officiellement comme collectivité publique (Körperschaft des öffentlichen Rechts).

En 1952, la communauté juive de la République Démocratique d’Allemagne (Verband Jüdischer Gemeinden der DDR) est reconnue à son tour officiellement par le gouvernement de l’est. Mais l’année suivante, 556 Juifs fuient à Berlin-Ouest, cherchant à échapper à l’antisémitisme dont ils sont victimes en RDA.

En 1988 a lieu la création du Centrum Judaicum de la Nouvelle Synagogue (« Stiftung Neue Synagoge Berlin - Centrum Judaicum »). La communauté juive de Berlin-Est compte alors à peine 200 membres tandis que celle de Berlin-Ouest recense environ 6 000 personnes.

En 1991, le gouvernement fédéral accorde aux Juifs issus des pays de l’ex-URSS, le statut de réfugiés. 50 000 Juifs émigrent alors en Allemagne. En 1997, la communauté juive de Berlin dénombre près de 11 000 Juifs.

Le 7 avril 1995 est inaugurée la Nouvelle Synagogue (Neue Synagoge) de l’Oranienburger Straße. Détruite durant la guerre, elle a été reconstruite partiellement.

En 1999, le Conseil central des Juifs en Allemagne (Zentralrat der Juden in Deutschland) déplace ses bureaux à Berlin et prend place dans la Leo-Baeck Haus, située dans la Tucholskystraße.

En Janvier 1999, ouvre dans le quartier de Kreuzberg le Musée juif de Berlin dont le nouveau bâtiment a été conçu selon les plans de l’architecte Daniel Libeskind. L’exposition temporaire abritée par le musée ouvre ses portes en 2001.

La même année, le Bundestag décide la création d’un mémorial des Juifs d’Europe victimes du génocide durant la Seconde Guerre Mondiale ou Mémorial de l’Holocauste. Il est conçu selon les plans de Peter Eisenman et inauguré le 10 mai 2005.